En Thaïlande, un projet de barrage menace la préservation et l’avenir du tigre

En Thaïlande, un projet de barrage menace la préservation et l’avenir du tigre:



Des images rares, porteuses d’espoir

Afin de s’opposer à un tel projet, le Département des Parcs Nationaux Thaïlandais (DNP) et le WWF ont choisi de publier une vidéo dans laquelle on peut voir une tigresse et ses deux petits au sein même du Parc National de Mae Wong, à proximité du site de construction du barrage. Ces images rares, prises par une caméra-piège au mois de mai dernier, sont pleines d’espoir pour la survie de l'espèce. Elles sont aussi la preuve de la réussite des efforts déployés conjointement par le gouvernement thaïlandais, le secteur public et les collectivités pour gérer et restaurer la forêt de l’ouest thaïlandais, un habitat crucial pour le tigre.


En effet, le nombre de tigres indochinois en Thaïlande, au Cambodge, au Laos, au Myanmar et au Vietnam est en forte baisse. Les principales menaces qui pèsent sur l’espèce sont le braconnage, le trafic illégal mais également la déforestation et la conversion des terres ayant pour conséquence la perte de son habitat. En Thaïlande, on estime que la population sauvage du tigre s’élève seulement à 300 individus.


« Les tigres et tigresses ont besoin de grandes quantités de nourriture, surtout quand ces dernières allaitent leurs petits. Ces nouvelles images indiquent que les proies dans les forêts de Mae Lan Wong-Klong sont assez abondantes pour supporter la reproduction du tigre et le rétablissement de l’espèce »
affirme Rungnapa Phoonjampa, chargé de programme Restauration du tigre - Mae Klong Lan Wong. « Effectivement, les pièges photographiques installés dans la forêt ont également permis de capturer des images de nombreuses espèces proies du tigre comme le gaur, le muntjac, le cochon sauvage et le cerf ainsi que d'autres mammifères y compris le tapir et l'éléphant. En tout, ce sont plus de 30 espèces de mammifères qui apparaissent sur les films. »



Des efforts de conservation récompensés

L’installation de pièges photographiques fait partie intégrante des efforts collectifs de la DNP et du WWF Thaïlande pour suivre la population de tigres dans cette partie du complexe forestier qui comprend 17 aires protégées, l’équivalent d’une surface de plus de 19 000 km ². Jusqu'à aujourd’hui, ces caméras ont enregistré la présence de 9 tigres et de 2 oursons à Mae Wong, soit un nombre d’individus plus élevé que prévu initialement par les chercheurs du WWF. L'un de ces 9 tigres a d’ailleurs déjà été photographié en juillet 2011 dans le sanctuaire de faune de Huai Kha Khaeng situé à 40 kilomètres de Mae Wong. L’analyse de ces images tend à démontrer que les tigres se déplacent d’un espace à un autre.


Les efforts de conservation adoptés à Mae Klong Lan Wong et dans les parcs nationaux thaïlandais s'appuient sur les engagements pris lors du Sommet International du Tigre à Saint-Pétersbourg en 2010. Au cours de ce sommet de haut niveau, le gouvernement thaïlandais ainsi que les 12 autres pays du tigre avaient pris l’engagement de financer et de mettre en œuvre un plan de protection de l’espèce et ainsi doubler le nombre d’individus dans la nature d’ici à 2022.


« Ces images récentes mais aussi les données encourageantes dont nous bénéficions sur les espèces proies du tigre montrent que le travail de conservation de la DNP et du WWF Thaïlande est sur
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la bonne voie »
affirme Edina Ifticene, chargée du programme Mekong au WWF France. « Les forêts de

Mae Wong et de Klong Lan ne sont pas seulement un habitat essentiel du tigre, elles le sont également pour d'autres espèces menacées. En protégeant les tigres, on peut donc protéger bien plus encore ».



La menace du projet de construction de barrage

Malgré tous ces efforts, la proposition d’un nouveau projet de barrage sur la rivière Mae Wong, dont les coûts s’élèvent à plus de 400 millions de dollars, soit environ 320 millions d’euros, et sa proximité avec le sanctuaire de faune de Huai Kha Khaeng classé au patrimoine mondial l'UNESCO menace la survie des tigres en Thaïlande et les efforts de conservation dans le Parc National de Mae Wong.


Le barrage va détruire plus de 20 km ² du parc et submerger une zone où vivent, grâce à des programmes de conservation, les cerfs sambar, une espèce de proie importante pour les tigres. La construction de nouvelles routes risquerait également d'augmenter la pression humaine et donc le braconnage d’espèces protégées.


Le WWF et d'autres ONG opposées à ce projet de barrage ont demandé au gouvernement d'envisager des mesures afin d’atténuer les inondations et la sécheresse. Ces mesures comprennent une meilleure gestion de l'eau, l’amélioration de l'irrigation et la construction de petits barrages en dehors des zones protégées. « Des années d'efforts de conservation seront mises à mal si la construction du barrage va de l'avant »
ajoute Rungnapa Phoonjampa. « La construction du barrage de Mae Wong ne doit pas avoir lieu sinon la Thaïlande risque de perdre ses tigres et une nature qu’elle aime et vénère tant. »



La construction d’infrastructures hydroélectriques dans le bassin du Mékong est un enjeu important pour répondre aux besoins des Etats en matière de production électrique. Le WWF travaille depuis plus 10 ans avec les gouvernements et les partenaires privés pour favoriser des infrastructures hydroélectriques durables avec des impacts moindres sur les ressources naturelles dont dépendent les populations locales et pour maintenir le capital naturel des pays concernés.


Pour aller plus loin :

Twitter : #Mekong

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